
À Kankan, dans le quartier Bordo-SOS, une mobilisation communautaire inédite a abouti à la pose de la première pierre d’une clôture pour le cimetière communal.

Longtemps exposé aux dépôts sauvages d’ordures, aux actes de profanation et à la promiscuité avec un établissement jugé incompatible avec sa vocation sacrée, ce lieu de repos éternel s’apprête à être protégé grâce à l’initiative conjointe des autorités locales, des sages et de la jeunesse du quartier.
Ici reposent des pères, des mères, des imams. Et l’année dernière, quelqu’un est venu déterrer l’un d’eux. C’en était trop.
Un cimetière exposé à toutes les dérives
Le constat dressé par le conseil de quartier de Bordo-SOS est sombre. Le cimetière communal souffre depuis longtemps de plusieurs maux : dépôts anarchiques d’ordures, actes répétés de profanation de tombes et situation géographique qui le place à proximité d’un établissement dont les activités sont jugées incompatibles avec le caractère sacré du lieu.
C’est un acte particulièrement choquant qui a précipité la prise de décision. « L’année passée, ils sont venus déterrer le corps d’un de nos parents les plus âgés. Cela nous a vraiment touchés. En plus, notre cimetière fait face à un bar », a témoigné Moussa Traoré, chef de quartier adjoint et président de la commission des travaux du cimetière.
Une profanation qui a agi comme un électrochoc pour toute la communauté.
Un projet sur fonds propres, porté par la solidarité
Ce sont les habitants eux-mêmes qui ont décidé de passer à l’action, sans attendre une aide extérieure. La clôture du cimetière sera financée sur fonds propres, un choix assumé malgré la modestie des moyens disponibles.

« Cette initiative est née du constat fait par le conseil de quartier sur l’état de ce lieu. Nous avons décidé de lancer la réalisation de cette clôture sur fonds propres. Nous n’avons pas beaucoup de moyens, mais nous comptons sur l’aide de Dieu et sur la solidarité des bonnes volontés pour atteindre notre objectif », a déclaré Kabinet Souaré, chef du quartier Bordo-SOS, lors de la cérémonie de pose de la première pierre.
Un appel a également été lancé aux fils et filles de Bordo-SOS vivant ailleurs, ainsi qu’à toutes les personnes de bonne volonté, afin d’accompagner financièrement et matériellement ce chantier jusqu’à son achèvement.
La jeunesse en première ligne
Ce qui frappe dans cette initiative, c’est le rôle moteur joué par la jeunesse du quartier. Les responsables locaux ont salué sa mobilisation, qu’ils jugent déterminante dans la concrétisation du projet. Et les jeunes assument pleinement cet engagement.
« La clôture du cimetière permettra de préserver la dignité de ce lieu sacré et d’assurer une meilleure organisation de l’espace. Cette dernière demeure de tous était devenue un endroit où de nombreux actes regrettables étaient constatés. En tant que jeunesse, nous nous engageons à contribuer à l’entretien et à la propreté de ce lieu, qui constitue notre patrimoine commun », a déclaré Ibrahima Condé, représentant de la jeunesse du quartier.
Un acte citoyen au-delà du simple chantier
Au-delà de l’aspect infrastructurel, les initiateurs voient dans cette démarche quelque chose de plus grand : un symbole de responsabilité citoyenne et de solidarité communautaire. Protéger les morts, c’est aussi affirmer la dignité des vivants. Et s’organiser sans attendre l’État, c’est démontrer que les communautés peuvent prendre leur destin en main.
À Bordo-SOS, la première pierre a été posée. Il reste maintenant à trouver les ressources nécessaires pour mener le projet à terme. Mais l’essentiel est déjà là : une communauté unie autour d’une cause commune, convaincue que le respect des morts est le premier signe du respect que l’on se doit à soi-même.
Karifa Doumbouya, correspondant à Kankan
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Last modified: 31 mai 2026





