
Le ministère de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale entend renforcer le cadre de gestion et de régulation des agences d’emploi privé et des entreprises de travail temporaire en République de Guinée.
L’objectif est de promouvoir des pratiques de recrutement transparentes et équitables, de prévenir les abus et de garantir une meilleure protection des droits des travailleurs.
Cette ambition était au cœur de l’atelier de validation technique du rapport d’étude consacré au renforcement de la gestion et de la régulation de ce secteur, dont les travaux ont pris fin ce mercredi 28 octobre 2026, dans un réceptif hôtelier de Conakry.
La rencontre a réuni des représentants des pouvoirs publics, des organisations patronales et syndicales, des agences d’emploi privé, ainsi que des partenaires techniques et financiers.
Organisé par le département en charge de l’Emploi, à travers la Direction nationale de l’Emploi et de l’Entrepreneuriat, avec l’appui technique et financier du Bureau international du Travail (BIT), cet atelier de deux jours a permis aux différentes parties prenantes d’examiner le rapport, de formuler des observations et de contribuer à son amélioration en vue de sa validation technique.
Au-delà de cet exercice, les travaux visaient à identifier des pistes d’action concrètes pour améliorer la gouvernance du secteur, renforcer les mécanismes de contrôle des agences, clarifier les procédures administratives et favoriser un fonctionnement plus transparent du marché du travail guinéen.
Au cours des échanges, plusieurs défis liés au fonctionnement des agences d’emploi privé et des entreprises de travail temporaire ont été examinés. Il s’agit notamment des procédures d’agrément et d’enregistrement, du suivi des activités des opérateurs, de l’application des sanctions en cas de manquement aux règles en vigueur et de la disponibilité de données statistiques fiables permettant de mieux orienter les politiques publiques de l’emploi.
La protection des travailleurs migrants, la prévention des pratiques abusives et la lutte contre les discriminations dans les processus de recrutement ont également occupé une place importante dans les discussions.
Ces enjeux mettent en lumière la nécessité de disposer d’un dispositif de régulation adapté aux réalités du marché du travail, capable de concilier les besoins de recrutement des entreprises avec le respect des droits fondamentaux des travailleurs.
Les réflexions engagées s’inscrivent notamment dans la perspective de la convention n° 181 de l’Organisation internationale du Travail (OIT), relative aux agences d’emploi privées. Cet instrument international vise à encadrer les activités de ces structures, tout en favorisant leur contribution au fonctionnement du marché du travail et en prévoyant des garanties pour la protection des travailleurs.
Prenant la parole au nom du mouvement syndical guinéen, le représentant de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG) a salué l’initiative du ministère et exprimé sa reconnaissance aux différents acteurs ayant contribué à la réalisation de l’étude.
Il a réaffirmé la disponibilité des organisations syndicales à collaborer avec les services compétents et les autres parties prenantes pour améliorer le fonctionnement du marché du travail et veiller au respect des droits des travailleurs, qu’ils soient en activité, en recherche d’emploi ou à la retraite.
« Le mouvement syndical accompagne non seulement ceux qui cherchent de l’emploi, accompagne et défend les droits de ceux qui travaillent, et accompagne aussi et défend les droits de ceux qui ont fini de travailler, ça fait les retraités. Donc le syndicat est devant, au milieu et à la fin », a-t-il déclaré.
Pour le représentant syndical, la régulation des agences d’emploi privé ne saurait se limiter à l’adoption de dispositions administratives. Elle doit également reposer sur une synergie entre les institutions publiques, les employeurs et les organisations de travailleurs, afin de garantir le respect des droits sociaux et de favoriser un accès plus équitable aux opportunités professionnelles.
Il a, par ailleurs, mis l’accent sur les perspectives économiques liées au programme Simandou 2040, estimant que les transformations attendues dans le cadre de ce programme nécessitent une meilleure anticipation des besoins en main-d’œuvre et une valorisation accrue des compétences nationales.
Dans cette optique, il a appelé à une meilleure exploitation des capacités de formation disponibles dans les domaines des mines et de la géologie, afin de renforcer l’employabilité des Guinéens et de permettre aux entreprises de recourir davantage aux compétences locales lorsqu’elles répondent aux qualifications recherchées.
Cette préoccupation renvoie à un enjeu majeur pour le marché du travail guinéen : faire en sorte que les grands investissements économiques se traduisent également par des possibilités d’insertion professionnelle pour les travailleurs nationaux.
Du côté du patronat, le représentant de la Confédération nationale des entreprises de Guinée a également salué la démarche entreprise par le ministère.
Il a souligné que l’efficacité du marché du travail dépend notamment de la capacité des différents acteurs à rapprocher les compétences disponibles des besoins réels des entreprises.
Selon lui, les agences d’emploi privé et les entreprises de travail temporaire occupent une place importante dans la mise en relation des employeurs et des candidats, la facilitation des recrutements et la satisfaction des besoins en personnel dans les différents secteurs de l’économie.
Toutefois, cette contribution ne peut produire pleinement ses effets sans un cadre réglementaire transparent, cohérent et effectivement appliqué.
« La proposition des employeurs est claire : nous sommes favorables à une régulation effective, équilibrée et prévisible du secteur. Une telle régulation doit protéger les travailleurs, garantir l’équité dans l’accès à l’emploi et assurer des conditions de concurrence loyale entre les opérateurs », a-t-il affirmé.
Le représentant patronal a notamment relevé les insuffisances susceptibles d’affecter le fonctionnement du secteur, parmi lesquelles les difficultés liées aux procédures d’agrément et de contrôle, les pratiques abusives, la vulnérabilité de certaines catégories de travailleurs et les obstacles auxquels les employeurs peuvent être confrontés dans leurs démarches de recrutement.
Pour lui, ces défis ne peuvent être résolus durablement par la seule adoption de textes réglementaires. Ils nécessitent également une répartition claire des responsabilités entre les acteurs, la mise à disposition de moyens de contrôle adaptés et l’instauration d’une collaboration permanente entre les pouvoirs publics, les organisations patronales, les syndicats et les opérateurs concernés.
« La protection du travail décent et la performance économique ne sont pas des objectifs opposés ; elles se renforcent mutuellement lorsqu’elles reposent sur des règles adaptées et appliquées », a-t-il rappelé.
À l’issue des travaux, le représentant des employeurs a insisté sur l’importance de maintenir le dialogue entre les différentes parties prenantes au-delà de cet atelier. Il a notamment plaidé pour que les organisations patronales et syndicales, ainsi que les opérateurs du secteur, soient associés à la finalisation des instruments réglementaires envisagés, notamment la circulaire transitoire et le texte relatif aux catégories d’agrément.
Cette approche devrait, selon lui, contribuer à améliorer la pertinence des dispositions proposées, à favoriser leur appropriation par les acteurs du secteur privé et à faciliter leur application effective sur le terrain.
Le représentant du Bureau international du Travail a, pour sa part, mis en avant les relations de coopération entre son institution et la République de Guinée. Il a réaffirmé l’engagement et la détermination du BIT à accompagner le pays dans ses efforts visant à améliorer la gouvernance du marché du travail et à promouvoir le travail décent.
Cet accompagnement s’inscrit dans une dynamique de renforcement des capacités des institutions nationales et d’amélioration des mécanismes de régulation, avec pour finalité de favoriser un environnement professionnel plus transparent, respectueux des droits des travailleurs et adapté aux besoins des entreprises.
L’appui du BIT constitue ainsi un levier pour poursuivre les réflexions engagées et accompagner la mise en œuvre des recommandations issues de l’étude.
Des recommandations à traduire en mesures concrètes
Représentant la ministre de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale à cette rencontre, le directeur national de l’Emploi et de l’Entrepreneuriat a salué la participation des différentes parties prenantes ainsi que leurs contributions aux travaux de validation.
La diversité des acteurs mobilisés témoigne, selon l’esprit de la démarche, de l’importance d’une approche concertée pour réformer un secteur situé au croisement des politiques publiques de l’emploi, des besoins des entreprises et de la protection sociale des travailleurs.
Au terme de ces deux jours d’échanges, l’enjeu est désormais de traduire les recommandations de l’étude en mesures opérationnelles susceptibles d’améliorer le contrôle des agences d’emploi privé, de responsabiliser les opérateurs et de prévenir les abus dans les relations de travail.
Avec l’appui du Bureau international du Travail, de la Coopération suisse et de l’Union européenne, le ministère de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale entend poursuivre les efforts visant à consolider la gouvernance du marché du travail guinéen.
À travers cette démarche, les autorités ambitionnent de favoriser des recrutements plus transparents, de renforcer la protection des travailleurs et de promouvoir le travail décent, tout en permettant aux entreprises de disposer des compétences nécessaires à leur développement.
La validation technique du rapport constitue ainsi une étape importante dans le processus de réflexion sur la régulation du secteur. La portée de cette initiative dépendra toutefois de la suite donnée aux recommandations formulées, de l’adoption des mesures envisagées et de leur application effective par les institutions et les opérateurs concernés.
Youssouf Keita
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Last modified: 28 octobre 2026





