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Langues nationales au Parlement guinéen : de la reconnaissance constitutionnelle à l’exercice effectif d’un droit (Par Nafadji Sory Condé)

9 octobre 2026

La reconnaissance des langues nationales comme langues officielles de la République de Guinée constitue une avancée historique dans la construction d’un État inclusif, respectueux de sa diversité linguistique et culturelle. Mais au-delà de cette consécration constitutionnelle, c’est dans l’application concrète des dispositions juridiques que cette avancée prendra toute sa signification.

L’article 5 de la Constitution du 26 septembre 2025 dispose notamment :

« Les langues nationales et le français sont les langues officielles de la République de Guinée. Le français est la langue de travail. L’État assure la promotion de l’enseignement des langues nationales. Il garantit la traduction des lois et actes officiels de la République dans les langues nationales… »

Cette disposition marque une évolution majeure de notre politique linguistique. Elle consacre la place des langues nationales dans la vie institutionnelle de notre pays, tout en maintenant le français comme langue de travail.

Dans cette dynamique, l’article 79 de la loi Organique L/2025/039/CNT du 27 novembre 2025, portant Règlement Intérieur de l’Assemblée nationale apporte une traduction concrète de cette volonté constitutionnelle.

En effet, tout en précisant que le français demeure la langue d’usage des séances parlementaires, cet article prévoit la possibilité, pour un député ne sachant ni lire ni écrire le français, de s’exprimer dans une langue nationale, sous réserve d’en informer préalablement le président de séance.

Mieux encore, le même article prévoit :

« Un système de traduction simultanée dans les langues nationales permettant à tous les parlementaires de participer aux débats, de communiquer et d’échanger à égalité de chances, est institué aux fins d’augmenter leurs capacités et d’améliorer la qualité de leur travail en tirant profit de l’expérience et de la compétence de chacun… »

Cette disposition mérite d’être saluée. Elle constitue une suite logique de l’article 5 de la Constitution et ouvre des perspectives importantes pour une participation plus inclusive aux travaux parlementaires.

Car la qualité d’un parlementaire ne se mesure pas uniquement à sa maîtrise du français, mais également à sa capacité à comprendre les préoccupations des populations, à défendre leurs intérêts et à contribuer efficacement à l’élaboration des lois.

Nos langues nationales sont des instruments de pensée, de communication, de transmission des savoirs et d’expression des réalités socioculturelles de notre peuple. Leur utilisation dans l’enceinte parlementaire pourrait contribuer à rapprocher davantage les institutions républicaines des citoyens qu’elles représentent.

Il ne s’agit nullement d’opposer les langues nationales au français, encore moins de remettre en cause le statut constitutionnel de ce dernier comme langue de travail. Il s’agit plutôt de faire vivre une complémentarité linguistique désormais consacrée par notre loi fondamentale.

J’ose donc espérer que certains députés saisiront cette opportunité pour faire valoir, dans le respect des conditions et procédures prévues par le Règlement intérieur, leur droit à s’exprimer dans une langue nationale de leur choix.

Une telle initiative aurait une portée à la fois institutionnelle, culturelle et symbolique. Elle contribuerait à démontrer que nos langues nationales peuvent pleinement participer à l’exercice de la démocratie, à la délibération parlementaire et à la gouvernance publique.

Encore faudra-t-il que les dispositifs techniques et humains de traduction et d’interprétation soient effectivement mis en place pour garantir la compréhension mutuelle et l’égalité de participation des parlementaires.

La reconnaissance juridique des langues nationales est une conquête importante. Leur utilisation effective dans nos institutions sera la véritable mesure de cette avancée.

Le Parlement guinéen dispose désormais d’un cadre juridique susceptible de faire de la diversité linguistique nationale non pas un obstacle, mais une richesse au service de la démocratie.

Il appartient aux représentants du peuple et aux institutions compétentes de lui donner vie.

Nos langues nationales ont désormais leur place dans les textes fondamentaux de la République. Puissent-elles aussi trouver leur voix à la tribune de l’Assemblée nationale !

 Ibrahima Sory II CONDE alias Nafadji Sory

Sociolinguiste, spécialiste des politiques linguistiques et éducatives

Directeur National Adjoint en charge de la Promotion des Langues Nationales/ Ministère de l’Education Nationale

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Last modified: 9 octobre 2026

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