
En quittant le parquet du Tribunal de première instance de Kankan pour celui de Guéckédou, Fodé Bintou Keïta a laissé un message clair : la rigueur, la légalité et l’indépendance doivent rester au cœur de l’action du ministère public.
Lors de la cérémonie de passation de service, le magistrat sortant a notamment insisté sur son refus de toute intervention extérieure dans l’exercice de ses fonctions.
« Pour ceux qui me connaissent, j’ai horreur de l’immixtion dans l’exercice de mes fonctions. »
La formule a marqué le discours d’au revoir de Fodé Bintou Keïta, appelé désormais à poursuivre sa carrière à Guéckédou.
Face aux magistrats, aux autorités administratives, aux forces de défense et de sécurité et aux autres acteurs de la chaîne judiciaire, l’ancien procureur de Kankan est revenu sur les principes qui, selon lui, ont guidé son action durant son passage dans la région.
Rigueur, courage, humanité et solidarité
Pour Fodé Bintou Keïta, la mission du ministère public, qui consiste notamment à protéger la société, défendre les victimes et garantir l’application de la loi, exige plusieurs qualités.
« La mission du ministère public qui consiste à protéger la société, défendre les victimes, garantir l’application de la loi exigeait trois choses essentielles : la rigueur, le courage mais aussi l’humanité », a-t-il déclaré.
Au fil de son expérience à Kankan, le magistrat dit avoir découvert une quatrième exigence : la solidarité entre les différents acteurs de la justice.
« Trop de compromis donnent souvent des compromissions »
Le procureur sortant a également insisté sur son attachement à la légalité et au respect des principes dans l’exercice de ses fonctions.
Rendant hommage au procureur général et aux responsables du parquet général pour leur accompagnement, il affirme avoir appris à concilier le respect de la hiérarchie judiciaire avec celui de la loi.
« Ils m’ont forcé, sous votre leadership, à être légaliste dans l’art. Je resterai attaché aux principes pendant toute ma vie, car trop de compromis donnent souvent des compromissions », a-t-il martelé.
Pour le magistrat, le respect de la hiérarchie et la collaboration avec les autres institutions ne doivent donc pas conduire à perdre de vue les exigences de la loi.
« J’ai horreur de l’immixtion »
Fodé Bintou Keïta a consacré une partie de son intervention aux rapports entre le parquet, l’administration et les forces de défense et de sécurité.
Il a notamment salué l’attitude du préfet de Kankan, avec lequel il siégeait au sein de la commission de défense et de sécurité. Selon lui, celui-ci rappelait régulièrement que l’administration ne devait pas intervenir dans les affaires judiciaires, mais plutôt accompagner la justice dans l’accomplissement de ses missions.
« Vous disiez que l’administration n’avait pas à s’immiscer dans les affaires judiciaires parce que, pour ceux qui me connaissent, j’ai horreur de l’immixtion dans l’exercice de mes fonctions », a-t-il rappelé.
Une position qui traduit, selon ses propos, sa volonté de maintenir une distinction entre la collaboration institutionnelle et l’exercice proprement judiciaire.
Police, gendarmerie et douanes saluées
Dans son discours, le procureur sortant a également rendu hommage aux officiers de police judiciaire, à la gendarmerie, à la police, aux unités d’intervention et aux services des douanes.
Il a salué leur collaboration dans la lutte contre la criminalité à Kankan, tout en rappelant l’importance du respect du cadre légal dans la conduite des enquêtes judiciaires.
Fodé Bintou Keïta a notamment souligné la nécessité, pour les officiers de police judiciaire, de respecter la loi et de rendre compte au parquet dans le cadre des procédures.
Il a également salué les responsables des forces de défense et de sécurité qui, selon son témoignage, ont veillé à ne pas interférer dans les procédures judiciaires.
La presse, un relais avec la population
La communication judiciaire a également occupé une place dans son intervention.
Fodé Bintou Keïta a salué le travail de la presse locale et nationale dans la diffusion des informations judiciaires auprès des populations de Kankan.
Il a expliqué que les communications du parquet visaient notamment à informer et à sensibiliser la population, dans le respect du cadre légal applicable aux procédures judiciaires.
« Sans vous, la presse, nos actions resteraient silencieuses et vaines », a-t-il déclaré.
Une nouvelle étape à Guéckédou
Après près de dix mois à la tête du parquet de Kankan, Fodé Bintou Keïta est désormais appelé à servir au Tribunal de première instance de Guéckédou.
Dans son discours d’au revoir, il a invité ses anciens collaborateurs à accompagner son successeur, Ibrahima Nkamara, présenté comme un magistrat expérimenté.
Il leur a demandé de lui apporter un soutien « intellectuel et moral », dans un esprit de loyauté et de professionnalisme.
En quittant Kankan, Fodé Bintou Keïta aura ainsi placé son dernier discours à la tête du parquet sous le signe de la légalité, de la rigueur et du respect des compétences institutionnelles.
Karifa Kansan Doumbouya, correspondant à Kankan
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Last modified: 22 septembre 2026





