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« Kafr », « Dieu entend toutes les langues » : Karamo Solo et Nanfo Soumaïla ravivent la controverse sur la prière en maninka

28 juillet 2026

Le débat ne retombe pas. Il s’enflamme même davantage. À Kankan, deux figures religieuses s’affrontent désormais à coups de prêches, de vidéos et de déclarations publiques autour d’une question qui continue de diviser une partie des fidèles : la prière islamique peut-elle être accomplie en langue maninka plutôt qu’en arabe ?

D’un côté, Karamo Solo. De l’autre, l’imam Nanfo Soumaïla. Chaque sortie de l’un provoque presque systématiquement une réplique de l’autre. Au fil des semaines, ce bras de fer est devenu l’un des débats religieux les plus suivis en Guinée.

Lors de sa dernière prédication, Karamo Solo a de nouveau rejeté toute possibilité de prier en langue maninka. Pour lui, la récitation de la sourate Al-Fatiha, pilier de la prière islamique, ne peut se faire qu’en arabe.

Le prédicateur est allé plus loin en estimant que « prier en maninka ne saurait être accepté en islam », appelant ceux qui suivent cette pratique à se repentir. Sans le nommer uniquement sur le fond, il a aussi multiplié les critiques contre Nanfo Soumaïla, l’accusant de s’éloigner, selon lui, des enseignements traditionnels de l’islam.

Face aux accusations selon lesquelles son discours s’opposerait à la culture mandingue, Karamo Solo a tenu à lever toute équivoque. Il affirme soutenir pleinement l’écriture N’Ko et la promotion de la langue maninka.

« Le N’Ko ne résume pas l’africanisme. C’est une écriture appréciée par tous. Moi-même, j’ai payé des enseignants de N’Ko pour apprendre cette écriture à mes enfants. Je parle le maninka et je soutiens tout ce qui contribue à promouvoir cette langue. Mais la prière n’est acceptée qu’en arabe (…) Solomana Kanté n’a prié qu’en arabe », a-t-il déclaré.

Des propos qui ont rapidement enflammé les réseaux sociaux et suscité de nombreuses réactions.

La riposte de Nanfo Soumaïla n’a pas tardé. Défenseur de longue date de la prière dans les langues nationales, il campe sur sa position et estime que la compréhension du message religieux doit primer.

« Dieu entend toutes les langues. Les fidèles comprennent mieux la religion dans leur langue que dans une langue étrangère. Dieu n’est pas arabe », affirme-t-il.

Au-delà des échanges parfois virulents, deux conceptions de la pratique religieuse s’opposent. L’une défend le maintien de l’arabe comme seule langue de la prière rituelle. L’autre plaide pour l’utilisation des langues nationales afin de permettre aux fidèles de comprendre pleinement les paroles qu’ils récitent.

Dans les mosquées, les concessions, les marchés et sur les réseaux sociaux, le sujet continue d’alimenter les discussions. Les positions restent tranchées. Pour les uns, l’arabe demeure indissociable de la prière islamique. Pour les autres, l’accès au sens des textes religieux constitue une exigence tout aussi fondamentale.

Une certitude se dégage : la controverse est loin d’être close. Presque chaque semaine, Karamo Solo revient à la charge dans ses prêches. Presque chaque semaine également, Nanfo Soumaïla répond. Ce duel verbal, devenu un véritable feuilleton religieux, continue de captiver une partie de l’opinion publique guinéenne, sans qu’aucun terrain d’entente ne se dessine à ce stade.

Karifa Kansan Doumbouya, coresspondant à Kankan

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Last modified: 28 juillet 2026

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