{"id":92545,"date":"2026-02-27T00:20:20","date_gmt":"2026-02-26T23:20:20","guid":{"rendered":"https:\/\/uk.ambagn.staging.e-kaidi.net\/?p=92545"},"modified":"2026-02-27T00:20:20","modified_gmt":"2026-02-26T23:20:20","slug":"kankan-plus-peuple-que-conakry-et-maintenant-on-demenage-la-capitale-par-ousmane-boh-kaba","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/uk.ambagn.staging.e-kaidi.net\/?p=92545","title":{"rendered":"Kankan plus peupl\u00e9 que Conakry : et maintenant, on d\u00e9m\u00e9nage la capitale ? (Par Ousmane Boh Kaba)"},"content":{"rendered":"<div>\n<div style=\"margin-bottom:20px;\"><img width=\"640\" height=\"426\"src=\"https:\/\/i0.wp.com\/mediaguinee.com\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Ousmane-boh-kaba-1.jpeg?w=640&amp;ssl=1\" class=\"attachment-post-thumbnail size-post-thumbnail wp-post-image\" alt=\"\" decoding=\"async\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/mediaguinee.com\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Ousmane-boh-kaba-1.jpeg?w=640&amp;ssl=1 640w, https:\/\/i0.wp.com\/mediaguinee.com\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Ousmane-boh-kaba-1.jpeg?resize=300%2C200&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 640px) 100vw, 640px\" data-attachment-id=\"1556\" data-permalink=\"https:\/\/mediaguinee.com\/2023\/07\/de-la-dependance-a-lautonomie-repenser-les-evacuations-sanitaires-en-guinee-ousmane-boh-kaba\/ousmane-boh-kaba-2-2\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/mediaguinee.com\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Ousmane-boh-kaba-1.jpeg?fit=640%2C426&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"640,426\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta='{\"aperture\":\"0\",\"credit\":\"\",\"camera\":\"\",\"caption\":\"\",\"created_timestamp\":\"0\",\"copyright\":\"\",\"focal_length\":\"0\",\"iso\":\"0\",\"shutter_speed\":\"0\",\"title\":\"\",\"orientation\":\"0\"}' data-image-title=\"Ousmane boh kaba\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/mediaguinee.com\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Ousmane-boh-kaba-1.jpeg?fit=300%2C200&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/mediaguinee.com\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Ousmane-boh-kaba-1.jpeg?fit=640%2C426&amp;ssl=1\"><\/div>\n<p class=\"s3\"><span class=\"s4\">On croyait tout savoir de la Guin\u00e9e, de cette manie qu\u2019elle a de nous prendre \u00e0 revers quand on s\u2019y attend le moins, comme un griot qui vous r\u00e9veille \u00e0 trois heures du matin pour vous annoncer que votre belle-m\u00e8re a r\u00eav\u00e9 que vous alliez gagner \u00e0 la Guin\u00e9e Game<\/span><span class=\"s4\">s<\/span><span class=\"s4\">. On s\u2019\u00e9tait install\u00e9s dans l\u2019id\u00e9e, confortablement, que Conakry \u00e9tait cette fourmili\u00e8re monstrueuse, cette presqu\u2019\u00eele qui \u00e9touffe sous le poids de ses propres entrailles, o\u00f9 l\u2019on apprend d\u00e8s le berceau que vivre, c\u2019est d\u2019abord survivre aux embouteillages de la Mini\u00e8re et aux nuits blanches de <\/span><span class=\"s4\">Madina<\/span><span class=\"s4\">. O\u00f9 le matin, tout le monde descend en ville, et le soir, tout le monde monte, dans un balai incessant de taxis bond\u00e9s et de marchandises ambulantes. Nous \u00e9tions fiers, d\u2019une fiert\u00e9 un peu masochiste, de nous dire que nous \u00e9tions <\/span><span class=\"s4\">des<\/span><span class=\"s4\">millions \u00e0 nous marcher dessus entre Matam et Ratoma, comme si cette densit\u00e9 insens\u00e9e \u00e9tait la preuve tangible que quelque chose, ici, bougeait encore. <\/span><span class=\"s4\">Des<\/span><span class=\"s4\"> millions \u00e0 partager le m\u00eame trottoir, la m\u00eame nappe phr\u00e9atique, la m\u00eame EDG qui nous fait des mis\u00e8res entre deux coupures. Huit millions \u00e0 se demander, chaque matin, si l\u2019eau coulera aujourd\u2019hui ou si elle a d\u00e9cid\u00e9, elle aussi, de faire gr\u00e8ve.<\/span><\/p>\n<p class=\"s5\"><span class=\"s4\">Et puis les r\u00e9sultats provisoires du quatri\u00e8me Recensement G\u00e9n\u00e9ral de la Population et de l\u2019Habitation sont tomb\u00e9s. Ils sont tomb\u00e9s comme un couperet, comme une v\u00e9rit\u00e9 que personne n\u2019avait vu venir, pas m\u00eame les plus avis\u00e9s des statisticiens de la fonction publique, ceux-l\u00e0 m\u00eames qui passent leurs journ\u00e9es \u00e0 compter les moutons pour mieux les retrouver dans les assiettes des ministres. La r\u00e9gion administrative de Kankan compte d\u00e9sormais <\/span><span class=\"s2\">4 110 215<\/span><span class=\"s4\"> habitants. Conakry, elle, doit se contenter de <\/span><span class=\"s2\">3 407 327<\/span><span class=\"s4\"> \u00e2mes. Relisez bien, ce n\u2019est pas une erreur de frappe, ce n\u2019est pas un r\u00eave fi\u00e9vreux apr\u00e8s une nuit trop arros\u00e9e de bi\u00e8re locale <\/span><span class=\"s4\">\u2013<\/span> <span class=\"s4\">la <\/span><span class=\"s4\">marque embl\u00e9matique <\/span><span class=\"s4\">Guiluxe<\/span> <span class=\"s4\">\u2013 <\/span><span class=\"s4\">Ramadan Kareem \u00e0 tous, que Dieu nous garde des exc\u00e8s. Kankan est plus peupl\u00e9 que Conakry. La capitale r\u00e9gionale de la <\/span><span class=\"s4\">savane guin\u00e9enne<\/span><span class=\"s4\">, celle qu\u2019on \u00e9voque souvent comme une lointaine parente dont on a oubli\u00e9 le visage, celle dont on dit \u00ab\u00a0c\u2019est loin, c\u2019est la brousse, y\u2019a rien l\u00e0-bas<\/span><span class=\"s4\"> sauf la grande <\/span><span class=\"s4\">Mamaya<\/span><span class=\"s4\">\u00ab\u00a0, vient de rafler la couronne d\u00e9mographique \u00e0 la vedette c\u00f4ti\u00e8re. La brousse a ripost\u00e9. La brousse a fait des petits. Beaucoup de petits.<\/span><\/p>\n<p class=\"s5\"><span class=\"s4\">I<\/span><span class=\"s4\">maginons<\/span><span class=\"s4\"> la sc\u00e8ne, dans les minist\u00e8res, \u00e0 Kaloum. Des fonctionnaires, suspendus au-dessus de leurs caf\u00e9s au lait Nescaf\u00e9, lisant ces chiffres comme on lit son propre arr\u00eat de mort administratif. Des directeurs de cabinet qui se demandent soudain, l\u2019\u0153il hagard, s\u2019il ne faudrait pas, par pr\u00e9caution, acheter un petit terrain du c\u00f4t\u00e9 de Kankan, au cas o\u00f9 les choses tourneraient vraiment. Des ministres qui, pour la premi\u00e8re fois de leur carri\u00e8re, sortent une carte de la Guin\u00e9e et r\u00e9alisent que le pays ne s\u2019arr\u00eate pas \u00e0 Cosa. \u00ab\u00a0Mais c\u2019est o\u00f9 exactement, Kankan ?\u00a0\u00bb, demande l\u2019un. \u00ab\u00a0C\u2019est par l\u00e0-bas, vers le soleil levant, r\u00e9pond un autre. Para\u00eet qu\u2019il y a un fleuve, le Milo. Et des gens. Beaucoup de gens, apparemment.\u00a0\u00bb Stupeur dans les rangs. Car la question, immense, vertigineuse, se pose d\u00e9sormais \u00e0 la nation tout enti\u00e8re : et maintenant, on fait quoi ? On continue comme avant, la t\u00eate dans le guidon, \u00e0 concentrer absolument tout sur ce petit bout de presqu\u2019\u00eele devenu trop \u00e9troit ? On laisse la r\u00e9gion la plus peupl\u00e9e du pays avec ses routes en lat\u00e9rite qui deviennent des piscines \u00e0 chaque hivernage, ses centres de sant\u00e9 qui soignent \u00e0 la lampe torche, ses \u00e9coles en paillote o\u00f9 les enfants apprennent \u00e0 lire sous les arbres, et son \u00e9lectricit\u00e9 qui ob\u00e9it plus aux caprices du Milo qu\u2019\u00e0 ceux d\u2019EDG ?<\/span><\/p>\n<p class=\"s5\"><span class=\"s4\">Il faut bien comprendre ce que ces chiffres nous disent, au-del\u00e0 de leur brutalit\u00e9 arithm\u00e9tique. Ils ne signifient pas, \u00e9videmment, que Kankan la ville est devenue une m\u00e9galopole de verre et d\u2019acier, avec des centres commerciaux climatis\u00e9s et des embouteillages dignes de Manhattan. Personne, pas m\u00eame le plus enthousiaste des fils de <\/span><span class=\"s4\">Nabaya<\/span><span class=\"s4\">, n\u2019osera pr\u00e9tendre que les bouchons y rivalisent avec ceux de la gare routi\u00e8re de <\/span><span class=\"s4\">Kagb\u00e9len<\/span><span class=\"s4\">, ce chef-d\u2019\u0153uvre de d\u00e9sorganisation humaine o\u00f9 l\u2019on peut passer trois heures pour parcourir deux kilom\u00e8tres. Non. <\/span><span class=\"s4\">Ce que ces chiffres r\u00e9v\u00e8lent, c\u2019est quelque chose de bien plus profond, de bien plus troublant. Ils nous disent que pendant que nous regardions tous vers la mer, hypnotis\u00e9s par ce mirage c\u00f4tier, hypnotis\u00e9s par l\u2019id\u00e9e que tout se jouait ici, sur cette langue de sable coinc\u00e9e entre l\u2019Atlantique et la mangrove, l\u2019int\u00e9rieur du pays, lui, n\u2019a pas cess\u00e9 de vivre. Il a aim\u00e9, il a procr\u00e9\u00e9, il a peupl\u00e9. Sans tambour ni trompette, sans grands stades et sans \u00e9changeurs, sans autoroutes et sans a\u00e9roports internationaux, les femmes de Kankan, de K\u00e9rouan\u00e9, de Kouroussa, de <\/span><span class=\"s4\">Mandiana<\/span><span class=\"s4\">et de Siguiri ont simplement continu\u00e9 \u00e0 faire ce que l\u2019on fait de mieux en Guin\u00e9e : elles ont donn\u00e9 la vie. Et ces vies, aujourd\u2019hui, p\u00e8sent dans la balance. Elles p\u00e8sent m\u00eame plus lourd que tous les fonctionnaires de Kaloum r\u00e9unis.<\/span><\/p>\n<p class=\"s5\"><span class=\"s4\">Alors oui, il y a une ironie f\u00e9roce dans ce renversement. Une ironie que les griots de demain chanteront peut-\u00eatre, si tant est qu\u2019on leur laisse encore une place dans ce pays qui court apr\u00e8s la modernit\u00e9<\/span> <span class=\"s4\">sans savoir par quel bout la prendre, qui ach\u00e8te des rames de m\u00e9tro pour une ville qui n\u2019a pas de rails et des stades olympiques pour des athl\u00e8tes qui n\u2019ont pas de terrain d\u2019entra\u00eenement. Pendant des d\u00e9cennies, on a tout pomp\u00e9 vers Conakry. Tout. Les investissements, les universit\u00e9s, les h\u00f4pitaux qui fonctionnent \u00e0 peu pr\u00e8s, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 quand elle daigne se montrer, l\u2019eau courante quand les tuyaux ne sont pas perc\u00e9s, les routes bitum\u00e9es, les lampadaires, les ronds-points, les statues. On a vid\u00e9 les campagnes de leurs forces vives, on a attir\u00e9 les jeunes vers ce mirage urbain, et pendant ce temps, ceux qui restaient, ceux qui n\u2019avaient pas les moyens du voyage ou l\u2019audace du d\u00e9part, ceux-l\u00e0 faisaient souche. Ils faisaient des enfants. Beaucoup d\u2019enfants. Et ces enfants, devenus grands, n\u2019ont pas tous pris le chemin de la capitale, contrairement \u00e0 ce que pr\u00e9voyaient tous les manuels de d\u00e9mographie. Beaucoup sont rest\u00e9s, ont cultiv\u00e9 la terre, ont \u00e9lev\u00e9 des b\u0153ufs, ont extrait de l\u2019or dans les art\u00e8res de la Haute-Guin\u00e9e, ont maintenu vivante cette Guin\u00e9e profonde que nous ne voyons plus depuis que nous avons les yeux braqu\u00e9s sur les vitrines de Kaloum et les magasins de la corniche.<\/span><\/p>\n<p class=\"s5\"><span class=\"s4\">La gifle est rude. Elle nous oblige \u00e0 une r\u00e9vision d\u00e9chirante de notre propre carte mentale. La Guin\u00e9e, ce n\u2019est pas que Conakry. Cela para\u00eet une \u00e9vidence, une lapalissade, une v\u00e9rit\u00e9 de La Palice, et pourtant nous nous comportons tous comme si la R\u00e9publique s\u2019arr\u00eatait aux portes de Cosa, comme si au-del\u00e0 du pont, il n\u2019y avait qu\u2019un vaste d\u00e9sert humain peupl\u00e9 de quelques \u00e2mes \u00e9gar\u00e9es vivant sous des cases en paille. Les chiffres viennent de nous rappeler \u00e0 l\u2019ordre, violemment, comme un coup de bambou sur les doigts. Ils nous disent que le centre de gravit\u00e9 du pays a boug\u00e9, silencieusement, patiemment, sans demander la permission \u00e0 personne, sans campagne m\u00e9diatique, sans discours pr\u00e9sidentiel, sans inauguration de stade. Ils nous disent que la majorit\u00e9 des Guin\u00e9ens ne vit pas dans la capitale. Ils nous disent que nos sch\u00e9mas de d\u00e9veloppement, nos planifications budg\u00e9taires, nos r\u00eaves d\u2019\u00e9mergence construits autour du seul nombril c\u00f4tier sont peut-\u00eatre obsol\u00e8tes, inadapt\u00e9s, presque obsc\u00e8nes.<\/span><\/p>\n<p class=\"s5\"><span class=\"s4\">Imaginez un instant que nous prenions ces chiffres au s\u00e9rieux. Vraiment au s\u00e9rieux. Imaginez que nous nous r\u00e9veillions un matin en nous disant : \u00ab\u00a0Bon, puisque Kankan est d\u00e9sormais la r\u00e9gion la plus peupl\u00e9e, c\u2019est l\u00e0-bas qu\u2019il faut construire le prochain grand h\u00f4pital, la prochaine universit\u00e9 d\u2019excellence, le prochain a\u00e9roport international.\u00a0\u00bb Imaginez que les ministres, au lieu de se battre pour un bureau climatis\u00e9 \u00e0 Kaloum avec vue sur la mer, commencent \u00e0 regarder du c\u00f4t\u00e9 du Milo en se demandant s\u2019il ne faudrait pas, par simple logique arithm\u00e9tique, transf\u00e9rer quelques directions g\u00e9n\u00e9rales vers l\u2019est. Imaginez le premier conseil des ministres \u00e0 Kankan, sous la chaleur de la Haute-Guin\u00e9e, avec des ministres en costume-cravate qui ruissellent comme des sources en cherchant d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment un climatiseur qui fonctionne, pendant que EDG coupe l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 pour cause de \u00ab\u00a0d\u00e9lestage technique\u00a0\u00bb. Imaginez les d\u00e9m\u00e9nagements, les camions de la fonction publique charg\u00e9s de dossiers poussi\u00e9reux traversant le pays d\u2019ouest en est sur des routes qui n\u2019existent que dans les discours officiels. La simple \u00e9vocation de cette hypoth\u00e8se pr\u00eate \u00e0 sourire, n\u2019est-ce pas ? Elle pr\u00eate \u00e0 sourire <\/span><span class=\"s4\">parce qu\u2019elle est absurde, parce que tout le monde sait que rien ne changera, que Conakry continuera d\u2019aspirer toute la s\u00e8ve du pays comme un baobab malade qui pompe l\u2019eau de tout un village pour finir par s\u2019effondrer de l\u2019int\u00e9rieur, un jour, sous son propre poids, dans un bruit de ciment et de d\u00e9sillusion.<\/span><\/p>\n<p class=\"s5\"><span class=\"s4\">C\u2019est pourtant l\u00e0 que la satire rejoint la trag\u00e9die. Nous rions, ou nous sourions jaune, parce que nous savons que ces chiffres ne changeront rien. Absolument rien. Les investissements continueront d\u2019affluer vers la presqu\u2019\u00eele, les routes de Kankan resteront d\u00e9fonc\u00e9es, ses h\u00f4pitaux sous-\u00e9quip\u00e9s, ses \u00e9coles en paillote, ses march\u00e9s en terre battue. Et les 4,1 millions d\u2019habitants de la r\u00e9gion continueront, pour l\u2019essentiel, de se d\u00e9brouiller seuls, comme ils l\u2019ont toujours fait, comme leurs parents l\u2019ont fait avant eux, sans rien attendre de cette R\u00e9publique qui ne se souvient d\u2019eux qu\u2019au moment des recensements et des \u00e9lections, quand il faut des voix pour remplir les urnes et des statistiques pour rassurer les bailleurs de fonds.<\/span><\/p>\n<p class=\"s5\"><span class=\"s4\">Alors la question demeure, lancinante, presque obsc\u00e8ne dans sa simplicit\u00e9, dans sa na\u00efvet\u00e9 presque enfantine : et maintenant, on d\u00e9m\u00e9nage la capitale ? La r\u00e9ponse, tout le monde la conna\u00eet, m\u00eame les enfants de Kankan qui grandissent sans \u00e9cole. Non, on ne d\u00e9m\u00e9nagera pas la capitale. On continuera de gouverner depuis Conakry, de planifier depuis Conakry, de r\u00eaver depuis Conakry, de voler depuis Conakry, de distribuer depuis Conakry. Mais il y aura d\u00e9sormais, dans l\u2019esprit de ceux qui savent lire entre les lignes des chiffres officiels, une petite musique discordante. Une petite voix qui murmure que le pays r\u00e9el n\u2019est pas celui des statistiques, ou plut\u00f4t qu\u2019il l\u2019est devenu sans que personne s\u2019en aper\u00e7oive. Une petite voix qui rappelle que la Guin\u00e9e, la vraie, celle qui vit, qui aime, qui souffre et qui esp\u00e8re, celle qui cultive le riz et qui extrait l\u2019or, celle qui prie \u00e0 la mosqu\u00e9e du vendredi et qui danse dans les c\u00e9r\u00e9monies de mariage, est peut-\u00eatre en train de se d\u00e9placer, lentement, inexorablement, vers ces horizons que nous avons trop longtemps n\u00e9glig\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p class=\"s5\"><span class=\"s4\">Il ne reste plus qu\u2019\u00e0 esp\u00e9rer, avec cette foi un peu na\u00efve qui caract\u00e9rise encore les Guin\u00e9ens malgr\u00e9 tout, que ceux qui nous gouvernent, avant le prochain recensement, avant que Kankan ne double encore la mise, avant que Nz\u00e9r\u00e9kor\u00e9 ne suive l\u2019exemple, avant que Bok\u00e9 ne se r\u00e9veille, avant que Lab\u00e9 ne montre les dents, daignent lever les yeux de leurs dossiers <\/span><span class=\"s4\">kal<\/span><span class=\"s4\">o<\/span><span class=\"s4\">umiens<\/span><span class=\"s4\"> et regardent enfin vers l\u2019est. Non pas par charit\u00e9, non pas par justice, non pas par bont\u00e9 d\u2019\u00e2me, mais par simple r\u00e9alisme arithm\u00e9tique. Parce que les chiffres, eux, ne mentent pas. Et 4,1 millions d\u2019habitants, cela finit toujours par se faire entendre. Par les urnes, par la rue, par la r\u00e9volte ou par cette force tranquille des peuples qui, faute de voir l\u2019\u00c9tat venir \u00e0 eux, apprennent \u00e0 s\u2019en passer. Et c\u2019est peut-\u00eatre \u00e7a, la plus grande le\u00e7on de ce recensement, la plus am\u00e8re, la plus cruelle : Kankan a prouv\u00e9 qu\u2019on peut \u00eatre nombreux, tr\u00e8s nombreux, et parfaitement invisible aux yeux de la R\u00e9publique. Jusqu\u2019au jour o\u00f9 les chiffres, ces sales petits chiffres, ces emp\u00eacheurs de tourner en rond, viennent tout g\u00e2cher en disant la v\u00e9rit\u00e9. Une v\u00e9rit\u00e9 qui d\u00e9range. Une v\u00e9rit\u00e9 qui bouscule. Une v\u00e9rit\u00e9 qui, peut-\u00eatre, finira par r\u00e9veiller ceux qui dorment pendant que le pays bouge sans eux.<\/span><\/p>\n<p class=\"s5\">\n<p class=\"s3\"><strong><span class=\"s2\">Ousmane Boh KABA\u00a0<\/span><\/strong><\/p>\n<p>L\u2019article <a href=\"https:\/\/mediaguinee.com\/2026\/02\/kankan-plus-peuple-que-conakry-et-maintenant-on-demenage-la-capitale-par-ousmane-boh-kaba\/\">Kankan plus peupl\u00e9 que Conakry : et maintenant, on d\u00e9m\u00e9nage la capitale ? (Par Ousmane Boh Kaba)<\/a> est apparu en premier sur <a href=\"https:\/\/mediaguinee.com\/\">Mediaguinee.com<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On croyait tout savoir de la Guin\u00e9e, de cette manie qu\u2019elle a de nous prendre \u00e0 revers quand on s\u2019y attend le moins, comme un griot qui vous r\u00e9veille \u00e0 trois heures du matin pour vous annoncer que votre belle-m\u00e8re a r\u00eav\u00e9 que vous alliez gagner \u00e0 la Guin\u00e9e Games. 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