{"id":85956,"date":"2025-09-05T18:36:59","date_gmt":"2025-09-05T16:36:59","guid":{"rendered":"https:\/\/uk.ambagn.staging.e-kaidi.net\/?p=85956"},"modified":"2025-09-05T18:36:59","modified_gmt":"2025-09-05T16:36:59","slug":"satire-a-vue-la-criniere-du-pouvoir-allegorie-orwellienne-sous-les-tropiques-par-top-sylla","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/uk.ambagn.staging.e-kaidi.net\/?p=85956","title":{"rendered":"Satire \u00e0 vue. La crini\u00e8re du pouvoir, all\u00e9gorie orwellienne sous les tropiques (Par Top Sylla)"},"content":{"rendered":"<div>\n<div style=\"margin-bottom:20px;\"><img width=\"800\" height=\"800\"src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.guinee7.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Top-Sylla-2.jpeg?w=800&amp;ssl=1\" class=\"attachment-post-thumbnail size-post-thumbnail wp-post-image\" alt=\"\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.guinee7.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Top-Sylla-2.jpeg?w=800&amp;ssl=1 800w, https:\/\/i0.wp.com\/www.guinee7.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Top-Sylla-2.jpeg?resize=300%2C300&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.guinee7.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Top-Sylla-2.jpeg?resize=150%2C150&amp;ssl=1 150w, https:\/\/i0.wp.com\/www.guinee7.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Top-Sylla-2.jpeg?resize=768%2C768&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\"><\/div>\n<p>Dans une savane oubli\u00e9e de tous, la bien nomm\u00e9e Nambara Dougou, r\u00e9gnait depuis des lustres le vieux L\u00e9opard tachet\u00e9, M\u00f6ba, un chef arrogant qui, dit-on, laissait son clan affamer le peuple et dirigeait le bled sans perspectives ni boussole. Un soir de saison s\u00e8che, si ce n\u2019\u00e9tait un matin de saison pluvieuse, une coalition d\u2019animaux men\u00e9e par de f\u00e9roces lions jura de renverser le monarque devenu impopulaire. \u00ab Plus jamais un seul individu ne fera de Nambara Dougou sa propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e ! \u00bb, rugit l\u2019imposant Wara Mina Wara, chef des lions, la crini\u00e8re dress\u00e9e au vent et le regard aussi ardent qu\u2019un chalumeau. Les \u00e9l\u00e9phants, les gazelles et m\u00eame les hy\u00e8nes, d\u2019abord sceptiques, applaudirent. Certains, \u00e0 la t\u00eate de meutes revendiquant de vieux comptes \u00e0 r\u00e9gler avec M\u00f6ba, firent plus que taper des mains : ils montr\u00e8rent de r\u00e9els talents de danseurs, m\u00eame si c\u2019\u00e9tait en contretemps. Le coup de force, ou la prise de responsabilit\u00e9 (c\u2019est selon), fut rapide. Le s\u00e9nile L\u00e9opard, surpris dans son luxueux palais, s\u2019enfuit en h\u00e9licopt\u00e8re vers une \u00eele voisine. Les lions prirent la radio nationale. \u00ab D\u00e9sormais, le patelin est lib\u00e9r\u00e9, et il appartient \u00e0 tous de le d\u00e9velopper ! \u00bb tonna le t\u00e9m\u00e9raire Wara Mina Wara. On se r\u00e9unit sous l\u2019arbre \u00e0 palabres, un peu comme l\u2019aurait fait le roi de France Saint Louis sous un ch\u00eane, ou, plus proche de nous, un certain Sana Bissiri \u00e0 l\u2019ombre d\u2019un baobab, et l\u2019on grava avec force conviction une nouvelle tablette des lois sur l\u2019\u00e9corce rugueuse de l\u2019arbre plus que centenaire, avec comme devise : Libert\u00e9 \u2013 Partage \u2013 Unit\u00e9. Dans l\u2019un des articles, il est \u00e9crit que \u00ab tous les citoyens sont \u00e9gaux \u00bb.<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res saisons firent r\u00eaver. Les lions redistribu\u00e8rent l\u2019eau des points d\u2019eau privatis\u00e9s par M\u00f6ba, les \u00e9l\u00e9phants construirent quelques routes et ponts, les gazelles dans\u00e8rent en chantant dans les rues. Mais au fil du temps, Wara Mina Wara se rendit compte que la pratique du pouvoir n\u2019a rien d\u2019une sin\u00e9cure, surtout avec des citoyens qui se regardent en chiens de fa\u00efence, et des promesses qui hantent vos nuits alors qu\u2019elles ne devraient engager que ceux qui ont eu la na\u00efvet\u00e9 d\u2019y croire. Les lions s\u2019install\u00e8rent dans l\u2019ancien palais, devenu une tani\u00e8re fortifi\u00e9e gard\u00e9e par des buffles arm\u00e9s de cornes effrayantes et des hippopotames aux m\u00e2choires redoutables. \u00ab C\u2019est temporaire mais n\u00e9cessaire, et puis c\u2019est pour le bien de tous \u00bb, assura Koumadjou, le perroquet porte-parole sur les ondes de la radio nationale, \u00ab La voix de son ma\u00eetre \u00bb. Un \u00e0 un, les articles de la tablette des lois furent modifi\u00e9s : \u00ab Le partage est obligatoire\u2026 sauf pour ceux d\u2019en haut \u00bb ; \u00ab La libert\u00e9 d\u2019expression est garantie, mais il en cuira \u00e0 ceux qui auront l\u2019outrecuidance de critiquer les lions \u00bb ; \u00ab Tous les animaux sont \u00e9gaux, mais certains sont plus \u00e9gaux que d\u2019autres \u00bb. Les renards, d\u2019abord exclus, devinrent ministres. \u00ab Il faut des pragmatiques pour gouverner \u00bb, expliqua-t-on. Les z\u00e8bres qui protest\u00e8rent, en voulant marquer leurs diff\u00e9rences, disparurent dans la nuit, sans trace ni aucune autre forme de z\u00e9brures. Le vieil \u00e9l\u00e9phant Semba murmura, plein d\u2019amertume : \u00ab Les lions ont les m\u00eames griffes que le L\u00e9opard\u2026 mais en plus ac\u00e9r\u00e9es. \u00bb<\/p>\n<p>Un jour, des vautours \u00e9trangers venus de contr\u00e9es lointaines atterrirent \u00e0 Nambara Dougou. Ils propos\u00e8rent aux lions un march\u00e9 : exploiter les diamants sous la rivi\u00e8re en \u00e9change de montagnes de biens et d\u2019armes. Wara Mina Wara h\u00e9sita, mais finit par accepter. \u00ab C\u2019est pour prot\u00e9ger la r\u00e9volution en marche \u00bb, claironna le loquace Koumadjou, tandis que des bulldozers s\u2019attaquaient \u00e0 l\u2019environnement et d\u00e9truisaient, entre autres, les villages des crapauds accoucheurs. La disette et le doute commenc\u00e8rent \u00e0 s\u2019installer. L\u2019esp\u00e9rance entama son envol. Les lions accus\u00e8rent les \u00ab saboteurs \u00bb et les \u00ab nostalgiques d\u2019un pass\u00e9 \u00e0 jamais r\u00e9volu \u00bb. Un beau matin, le baobab fut abattu. \u00c0 la place, on \u00e9rigea une gigantesque statue du providentiel Wara Mina Wara, surmont\u00e9e d\u2019une plaque dor\u00e9e : \u00ab Le seul lion capable de sauver la patrie. \u00bb<\/p>\n<p>Les ann\u00e9es pass\u00e8rent. Les lions, vieillissants, organis\u00e8rent une f\u00eate somptueuse avec les hy\u00e8nes et les vautours, devenus de plus en plus nombreux. Au milieu des taudis, la guenon Tougnafola, journaliste contrainte \u00e0 la clandestinit\u00e9, \u00e9crivit sur des feuilles mortes : \u00ab Ils ont troqu\u00e9 nos r\u00eaves contre une arnaque saupoudr\u00e9e de faux or. \u00bb Cette nuit-l\u00e0, un lionceau orphelin, dont les parents avaient \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s pour avoir os\u00e9 critiquer le pouvoir \u00e9tabli, rugit vers la lune. Son cri, faible encore, r\u00e9sonna dans le c\u0153ur des animaux. Et quelque part, sous les d\u00e9combres du baobab s\u00e9culaire, une graine germa\u2026<\/p>\n<p>P.-S. : Eh bien, chacun, ou du moins ceux qui ont la lecture lucide et une culture un peu fournie, aura sans doute compris que nous venons de revisiter La Ferme des animaux, \u0153uvre du Britannique George Orwell \u00e9crite en 1945. Une satire all\u00e9gorique de la R\u00e9volution russe de 1917 et de la trahison des id\u00e9aux socialistes par le r\u00e9gime stalinien. Par cons\u00e9quent, toute ressemblance avec des personnages ou des \u00e9v\u00e9nements r\u00e9els serait purement fortuite.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans une savane oubli\u00e9e de tous, la bien nomm\u00e9e Nambara Dougou, r\u00e9gnait depuis des lustres le vieux L\u00e9opard tachet\u00e9, M\u00f6ba, un chef arrogant qui, dit-on, laissait son clan affamer le peuple et dirigeait le bled sans perspectives ni boussole. 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