{"id":83115,"date":"2025-07-10T23:12:42","date_gmt":"2025-07-10T21:12:42","guid":{"rendered":"https:\/\/uk.ambagn.staging.e-kaidi.net\/?p=83115"},"modified":"2025-07-10T23:12:42","modified_gmt":"2025-07-10T21:12:42","slug":"tribune-beatitude-et-servitude-du-pouvoir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/uk.ambagn.staging.e-kaidi.net\/?p=83115","title":{"rendered":"Tribune : B\u00e9atitude et servitude du pouvoir"},"content":{"rendered":"<div>\n<div style=\"margin-bottom:20px;\"><img width=\"960\" height=\"720\"src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.guinee7.com\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/tibou-Kamara.jpg?w=960&amp;ssl=1\" class=\"attachment-post-thumbnail size-post-thumbnail wp-post-image\" alt=\"\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.guinee7.com\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/tibou-Kamara.jpg?w=960&amp;ssl=1 960w, https:\/\/i0.wp.com\/www.guinee7.com\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/tibou-Kamara.jpg?resize=300%2C225&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.guinee7.com\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/tibou-Kamara.jpg?resize=768%2C576&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/www.guinee7.com\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/tibou-Kamara.jpg?resize=86%2C64&amp;ssl=1 86w\" sizes=\"auto, (max-width: 960px) 100vw, 960px\"><\/div>\n<p><span style=\"font-size: 20px;\">Le pouvoir agit comme un opium lorsqu\u2019on y prend go\u00fbt et qu\u2019on ne parvient plus \u00e0 en garder une certaine distance. Son exercice prolong\u00e9 s\u2019av\u00e8re un poison lent et mortel, sans antidote.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 20px;\">Souvenir ! J\u2019avais rendu visite, dans un pass\u00e9 tr\u00e8s lointain, au tr\u00e8s \u00e9nigmatique, charismatique et taciturne pr\u00e9sident d\u00e9chu de la R\u00e9publique du Burkina Faso, Blaise Compaor\u00e9. Il \u00e9tait encore aux affaires et ne manquait aucune occasion d\u2019avoir des discussions avec des hommes et des femmes de divers horizons.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 20px;\">Le temps \u00e9tait comme celui qu\u2019on rencontre souvent dans le Sahel, envelopp\u00e9 d\u2019une certaine moiteur, berc\u00e9 par un vent sec, alourdi d\u2019une forte chaleur qui surgit et accable d\u00e8s que le soleil darde ses rayons, dont on est soulag\u00e9 qu\u2019une fois la nuit tomb\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 20px;\">Le \u00ab beau Blaise \u00bb m\u2019avait re\u00e7u dans l\u2019une des \u00ab villas Kadhafi \u00bb, attenantes au palais de Kosyam o\u00f9 il avait ses bureaux et sa r\u00e9sidence officielle aussi. L\u2019entretien du jour s\u2019\u00e9tait d\u00e9roul\u00e9 dans une certaine intimit\u00e9, r\u00e9serv\u00e9e habituellement aux visiteurs privil\u00e9gi\u00e9s et amis chers. J\u2019avais rencontr\u00e9 un homme, comme toujours affable, calme et humble, semble-t-il, absent aussi, comme perdu dans un tourbillon de pens\u00e9es confuses et m\u00e9lancoliques.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 20px;\">Le locataire d\u2019alors de Kosyam n\u2019avait rien perdu de sa superbe et disposait de toutes ses facult\u00e9s. Cependant, il paraissait gagn\u00e9 par l\u2019ennui, le spleen et la lassitude d\u2019un r\u00e8gne long et interminable. L\u2019usure du pouvoir, dirait-on, ou la solitude silencieuse et insoup\u00e7onnable d\u2019une long\u00e9vit\u00e9 exceptionnelle au sommet de l\u2019\u00c9tat. Avec l\u2019\u00e9rosion du temps, les ann\u00e9es qui se succ\u00e8dent, gouverner, diriger un pays qui pourrait para\u00eetre exaltant au d\u00e9but, n\u2019est plus que l\u2019ombre glaciale d\u2019une apparente lumi\u00e8re, un visage plein de rides, avec de nombreuses blessures et cicatrices.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 20px;\">\u00ab Chaque fois que je reviens d\u2019un voyage, un peu avant que l\u2019avion qui me transporte ne se pose sur le tarmac, je contemple Ouagadougou, et ressens une curieuse sensation : comme blas\u00e9, j\u2019\u00e9prouve le besoin pressant et irr\u00e9pressible de me d\u00e9tacher pour vivre une autre exp\u00e9rience. Je savais, \u00e0 l\u2019avance, ce qui m\u2019attend chaque fois : retrouver la routine de mes fonctions, la m\u00eame vie que je m\u00e8ne depuis si longtemps que je n\u2019y vois plus d\u2019int\u00e9r\u00eat particulier \u00bb, avait confi\u00e9 l\u2019illustre homme, partag\u00e9 entre le d\u00e9pit d\u2019une certaine monotonie et le d\u00e9sir d\u2019acc\u00e9der \u00e0 un r\u00e9pit, \u00e0 un repos, \u00e0 une retraite bien m\u00e9rit\u00e9s.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 20px;\">Quand on est \u00e0 la t\u00eate d\u2019un pays depuis des lustres, ce n\u2019est pas de rester aux commandes qui hante forc\u00e9ment, c\u2019est comment partir de la sc\u00e8ne qui peut obs\u00e9der et troubler le sommeil. \u00ab Si \u00e7a ne tenait qu\u2019\u00e0 moi, j\u2019aimerais faire mes adieux \u00bb, avait d\u00e9clar\u00e9, dans un soupir discret, Blaise Compaor\u00e9. Je le sentais sinc\u00e8re et vrai, et devinais ses tourments personnels, ses doutes, ses interrogations, ses d\u00e9chirements int\u00e9rieurs qu\u2019il venait de confesser avec une certaine \u00e9motion.<\/span><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 20px;\"> LE PI\u00c8GE DU POUVOIR, UN FARDEAU SANS \u00c9CHAPPATOIRE <\/span><\/strong><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 20px;\">Je repense souvent \u00e0 ma conversation avec l\u2019ancien homme fort du Burkina Faso, d\u2019autant que beaucoup ne se doutent pas qu\u2019\u00e0 un moment donn\u00e9, le pouvoir peut \u00eatre un lourd fardeau \u00e0 porter, peut se r\u00e9v\u00e9ler un pi\u00e8ge se refermant sur ceux qui le d\u00e9tiennent, en jouissent ou sont appel\u00e9s \u00e0 l\u2019exercer. On y vient un peu par hasard, ou on y arrive par accident, en tout cas, il r\u00e9sulte toujours d\u2019un concours de circonstances extraordinaire. Il est autant difficile de s\u2019en d\u00e9faire que d\u2019en sortir indemne, sain et sauf, parce qu\u2019il use et corrompt, n\u2019a pas d\u2019amis, ne garantit rien \u00e0 personne, ne prot\u00e8ge d\u2019aucun danger, expose \u00e0 toutes les tentations. Peut-on en partir pour toujours ? Non ! Chaque fois, il y a comme un go\u00fbt d\u2019inachev\u00e9, un sentiment de nostalgie ou encore une obsession de revanche. Le d\u00e9part est soit ajourn\u00e9, soit report\u00e9, ou le retour programm\u00e9. L\u2019envie de recommencer ne s\u2019estompe gu\u00e8re, traverse le temps et r\u00e9siste \u00e0 la raison et \u00e0 la sagesse. Qui a le pouvoir ou le veut est rarement capable de lucidit\u00e9 et de discernement. Il n\u2019y a que de la passion !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 20px;\">Comme pour tout le reste, malheureusement, il n\u2019y a pas d\u2019\u00e9ternit\u00e9 possible ni de contr\u00f4le total et absolu des \u00e9v\u00e9nements et de l\u2019agenda. La fin est \u00e0 entrevoir et \u00e0 pr\u00e9parer, malgr\u00e9 tout.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 20px;\">Blaise Compaor\u00e9 a connu des fortunes diverses pendant toute sa pr\u00e9sidence mythique qui a assez dur\u00e9 pour \u00eatre oubli\u00e9e de sit\u00f4t : il a inspir\u00e9 \u00e0 la fois crainte, m\u00e9fiance et admiration, a connu la gloire avant d\u2019\u00eatre confront\u00e9 \u00e0 la disgr\u00e2ce, fut proche de son peuple qui l\u2019a port\u00e9 au pinacle avant de se retourner contre lui en le for\u00e7ant \u00e0 abandonner le pouvoir et le pays. Le retour tant esp\u00e9r\u00e9 par lui sur la terre de ses anc\u00eatres, dans son Burkina natal qu\u2019il a dirig\u00e9 de longues ann\u00e9es, se fait attendre. Toutes les tentatives et m\u00e9diations pour mettre fin \u00e0 son exil n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 couronn\u00e9es de succ\u00e8s, car la question divise l\u2019opinion nationale et constitue une source de tensions internes et externes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 20px;\">La derni\u00e8re fois que Blaise Compaor\u00e9 a foul\u00e9 le sol du Burkina Faso, qui porte son empreinte ind\u00e9l\u00e9bile, o\u00f9 son ombre continue de planer encore, il ne semblait pas trop le bienvenu, ni ouvertement d\u00e9sir\u00e9. L\u2019image d\u2019un homme affaibli par le poids des ans et la maladie, toujours sournoise, isol\u00e9, banni dans son propre pays, ayant l\u2019air vaincu, a fait le tour du monde, \u00e9mu plus d\u2019une personne et rempli de chagrin tous ceux qui ont connu et c\u00f4toy\u00e9 le personnage au fa\u00eete de sa puissance. Il aurait pu reprendre \u00e0 son compte la tirade de Don Di\u00e8gue dans Le Cid de Corneille pour lui aussi se lamenter des lauriers perdus : \u00ab \u00d4 rage, \u00f4 d\u00e9sespoir, \u00f4 vieillesse (disgr\u00e2ce aussi, ici) ennemie, n\u2019ai-je donc tant v\u00e9cu (r\u00e9gn\u00e9 pour Blaise) que pour cette infamie ? \u00bb Avant d\u2019ajouter d\u2019autres propos encore de Don Di\u00e8gue : \u00ab \u0152uvre de tant de jours en un jour effac\u00e9e \u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 20px;\">Naturellement, la question qui a suivi apr\u00e8s l\u2019accueil timide r\u00e9serv\u00e9 au chef d\u2019\u00c9tat burkinab\u00e9 le plus marquant de l\u2019histoire fut de se demander si le pouvoir vaut la peine d\u2019\u00eatre v\u00e9cu et s\u2019il n\u2019est pas ennemi de l\u2019homme qu\u2019il use et avilit comme le temps qui l\u2019efface et fait oublier.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 20px;\">Au cr\u00e9puscule du IIIe Reich allemand, Hitler, se sentant abandonn\u00e9 et trahi par ses plus proches collaborateurs et son propre peuple, avait lanc\u00e9 avec amertume et indignation : \u00ab Je ne pleurerai pas le peuple allemand \u00bb.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 20px;\">Les chefs d\u2019\u00c9tat renvers\u00e9s ou destitu\u00e9s ne plaignent pas leurs peuples qu\u2019ils consid\u00e8rent comme ingrats et oublieux, tandis que ces derniers non plus ne se h\u00e2tent pas de les pleurer ou de les regretter.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 20px;\">Quelle histoire !<\/span><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 20px;\">Tibou Kamara<\/span><\/strong><!--\/data\/user\/0\/com.samsung.android.app.notes\/files\/clipdata\/clipdata_bodytext_250710_180335_609.sdocx--><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le pouvoir agit comme un opium lorsqu\u2019on y prend go\u00fbt et qu\u2019on ne parvient plus \u00e0 en garder une certaine distance. 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