{"id":81837,"date":"2025-06-08T00:05:31","date_gmt":"2025-06-07T22:05:31","guid":{"rendered":"https:\/\/uk.ambagn.staging.e-kaidi.net\/?p=81837"},"modified":"2025-06-08T00:05:31","modified_gmt":"2025-06-07T22:05:31","slug":"mamaya-de-kankan-lamusement-ne-devrait-pas-empecher-le-serieux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/uk.ambagn.staging.e-kaidi.net\/?p=81837","title":{"rendered":"Mamaya de Kankan : L\u2019amusement ne devrait pas emp\u00eacher le s\u00e9rieux"},"content":{"rendered":"<div>\n<div style=\"margin-bottom:20px;\"><img width=\"800\" height=\"613\"src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.guinee7.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Mamaya.jpg?w=800&amp;ssl=1\" class=\"attachment-post-thumbnail size-post-thumbnail wp-post-image\" alt=\"\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.guinee7.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Mamaya.jpg?w=800&amp;ssl=1 800w, https:\/\/i0.wp.com\/www.guinee7.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Mamaya.jpg?resize=300%2C230&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.guinee7.com\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Mamaya.jpg?resize=768%2C588&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\"><\/div>\n<p>C\u2019est dur \u00e0 entendre, mais il faut oser le dire. La Mamaya de Kankan, telle qu\u2019on la c\u00e9l\u00e8bre aujourd\u2019hui, ressemble de plus en plus \u00e0 une mascarade : un grand th\u00e9\u00e2tre en plein air o\u00f9 l\u2019on vient danser au milieu des ruines, comme pour fuir une r\u00e9alit\u00e9 qui d\u00e9range. Derri\u00e8re les sourires, les pagnes color\u00e9s et les danses envo\u00fbtantes, il y a une ville \u00e0 l\u2019abandon, une population r\u00e9sign\u00e9e, un avenir qui s\u2019efface dans la poussi\u00e8re. On fait semblant. Et ce mensonge collectif devient insupportable.<\/p>\n<p>Chaque ann\u00e9e, des milliers de Guin\u00e9ens reviennent de France, des \u00c9tats-Unis, du Qatar ou d\u2019Arabie Saoudite pour vivre ce rendez-vous mythique. Ils arrivent charg\u00e9s de nostalgie, de fiert\u00e9 identitaire, de v\u00eatements cousus pour l\u2019occasion, d\u2019appareils photo pour immortaliser l\u2019instant. Ils esp\u00e8rent retrouver un Kankan glorieux, enracin\u00e9, accueillant. Mais que d\u00e9couvrent-ils ? Des routes impraticables, des quartiers dans le noir, un fleuve souill\u00e9, des regards fatigu\u00e9s. La ville qu\u2019ils attendent n\u2019est plus qu\u2019un mirage. Et pourtant, la f\u00eate continue.<\/p>\n<p>Les routes sont un calvaire. \u00c0 chaque tournant, des nids-de-poule devenus crat\u00e8res. L\u2019eau potable est un luxe, accessible \u00e0 une minorit\u00e9 ou obtenue au prix d\u2019un long calvaire quotidien. L\u2019\u00e9lectricit\u00e9 est capricieuse, irr\u00e9guli\u00e8re, presque fantasmatique. Le fleuve Milo, joyau de la r\u00e9gion, est devenu une poubelle \u00e0 ciel ouvert. On y d\u00e9verse tout : ordures m\u00e9nag\u00e8res, d\u00e9chets plastiques, pollutions industrielles, d\u00e9sespoir urbain. Et malgr\u00e9 tout cela, la Mamaya exhibe ses tenues chatoyantes, ses fanfares, ses danses, comme si rien n\u2019\u00e9tait grave.<\/p>\n<p>On nous parle de tradition, de culture, d\u2019identit\u00e9, de valeurs transmises de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. Mais depuis quand les traditions consistent-elles \u00e0 tourner le dos \u00e0 la souffrance des populations ? \u00c0 camoufler les drames quotidiens sous une couche de folklore festif ? Depuis quand la culture devient-elle complice de l\u2019oubli ? La Mamaya, aujourd\u2019hui, ressemble moins \u00e0 un hommage aux anc\u00eatres qu\u2019\u00e0 un divertissement collectif pour fuir nos responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<p>Le plus inqui\u00e9tant, c\u2019est l\u2019\u00e9cart abyssal entre la fa\u00e7ade et le fond. Cette f\u00eate si riche en symboles est devenue un leurre. Une carte postale folklorique envoy\u00e9e \u00e0 la diaspora, pendant que les \u00e9coles tombent en ruine, que les h\u00f4pitaux manquent de tout, que les jeunes s\u2019en vont, la rage au ventre, chercher ailleurs ce que leur ville ne leur donne plus. La Mamaya est belle, oui. Mais elle est vide. Elle sonne creux. Elle ne r\u00e9pare rien, ne construit rien, ne pr\u00e9pare rien.<\/p>\n<p>Pire : elle anesth\u00e9sie. Elle d\u00e9tourne l\u2019attention. Pendant trois jours, on oublie. On danse pendant que la maison br\u00fble. On chante pendant que la ville s\u2019effondre. On rit pendant que le Milo pleure. On applaudit les artistes pendant que les enfants \u00e9tudient \u00e0 m\u00eame le sol. Cette amn\u00e9sie volontaire devient dangereuse. Elle cr\u00e9e un r\u00e9flexe d\u2019\u00e9vitement, une culture de la fuite. Et pendant que l\u2019on c\u00e9l\u00e8bre l\u2019illusion, la r\u00e9alit\u00e9 se d\u00e9grade, lentement mais s\u00fbrement.<\/p>\n<p>Ailleurs, les grandes c\u00e9l\u00e9brations deviennent des leviers de d\u00e9veloppement. L\u2019Arabie Saoudite, \u00e0 La Mecque, a investi des milliards pour que le p\u00e8lerinage soit \u00e0 la hauteur spirituelle et logistique : m\u00e9tro climatis\u00e9, routes modernes, h\u00f4pitaux, h\u00e9bergement digne, gestion des d\u00e9chets. Et pourtant, il ne s\u2019agit que de quelques jours par an. Les organisateurs de Glastonbury, de Coachella, ou m\u00eame du Sauti za Busara en Tanzanie ont compris qu\u2019on ne peut plus faire la f\u00eate dans la salet\u00e9, la mis\u00e8re et l\u2019indiff\u00e9rence. Ils investissent dans des infrastructures, dans l\u2019\u00e9cologie, dans l\u2019innovation sociale.<\/p>\n<p>Alors pourquoi, chez nous, la f\u00eate rime avec fuite ? Pourquoi les autorit\u00e9s paradent-elles pendant que Kankan \u00e9touffe ? Pourquoi acceptons-nous cette hypocrisie honteuse ? Pourquoi continuons-nous \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer une tradition vid\u00e9e de sa substance, alors que Kankan crie au secours ? Peut-on encore accepter que la Mamaya serve \u00e0 masquer notre incapacit\u00e9 collective \u00e0 b\u00e2tir une ville digne de ce nom ?<\/p>\n<p>Et si, au contraire, nous osions tout changer ? Si au lieu de fuir la r\u00e9alit\u00e9, nous en faisions notre combat commun ? Si la Mamaya devenait non plus un pr\u00e9texte \u00e0 l\u2019oubli, mais un moteur de transformation ? Imaginons : une Mamaya o\u00f9 chaque pas de danse pave une route, o\u00f9 chaque chant purifie le Milo. L\u2019id\u00e9e est simple, presque \u00e9vidente : instaurer une <strong>Taxe Mamaya<\/strong>, une contribution volontaire, symbolique mais structurante. Chaque participant, qu\u2019il soit local ou de la diaspora, cotiserait un petit montant, destin\u00e9 \u00e0 un <strong>fonds sp\u00e9cial<\/strong> <strong>pour Kankan<\/strong>. Une cotisation de responsabilit\u00e9. Un acte d\u2019amour, pas une punition.<\/p>\n<p>Cette taxe pourrait \u00eatre annuelle ou mensuelle. L\u00e9g\u00e8re mais r\u00e9guli\u00e8re. Elle servirait \u00e0 financer des projets r\u00e9els, visibles, utiles : routes, puits, lampadaires, dispensaires, \u00e9coles, centres de formation pour les jeunes, espaces publics, gestion du fleuve Milo. Elle cr\u00e9erait des emplois, relancerait la dynamique \u00e9conomique. Elle ferait de la Mamaya une force agissante, pas un simple spectacle.<\/p>\n<p>Mais pour que cela marche, il faudra des garanties. De la transparence. De la rigueur. Du s\u00e9rieux. Tout le monde conna\u00eet le refrain des projets qui disparaissent dans des poches opaques. Le fleuve Milo, justement, est devenu le th\u00e9\u00e2tre de toutes les escroqueries : projets d\u2019assainissement fictifs, ONG bidons, fonds d\u00e9tourn\u00e9s, \u00e9tudes non r\u00e9alis\u00e9es, fausses promesses. Le Milo n\u2019est pas un business. C\u2019est un fleuve sacr\u00e9. Il est devenu un fonds de commerce pour une minorit\u00e9 cynique. Et pendant ce temps, il meurt. Avec lui, une part de notre dignit\u00e9.<\/p>\n<p>Il faudra donc un comit\u00e9 ind\u00e9pendant pour g\u00e9rer ce fonds : des citoyens respect\u00e9s, des techniciens int\u00e8gres, des membres de la soci\u00e9t\u00e9 civile, et pourquoi pas, des repr\u00e9sentants de la diaspora. Pas de politiciens. Pas de profiteurs. Pas de passe-droits. Chaque franc d\u00e9pens\u00e9 devra \u00eatre document\u00e9, audit\u00e9, publi\u00e9. Chaque projet financ\u00e9 devra \u00eatre suivi, \u00e9valu\u00e9, corrig\u00e9 si n\u00e9cessaire. La confiance ne se d\u00e9cr\u00e8te pas. Elle se m\u00e9rite.<\/p>\n<p>Nous pourrions m\u00eame mobiliser des partenaires s\u00e9rieux : UNESCO, Banque mondiale, organismes de coop\u00e9ration. Pas pour mendier, mais pour co-construire. Pour renforcer la capacit\u00e9 locale, apporter des expertises, donner une envergure internationale \u00e0 cette transformation. Kankan peut devenir un mod\u00e8le. Un laboratoire. Une ville o\u00f9 tradition et modernit\u00e9 s\u2019\u00e9pousent au lieu de s\u2019opposer.<\/p>\n<p>La Mamaya doit redevenir ce qu\u2019elle \u00e9tait : un moment de coh\u00e9sion, de fiert\u00e9, de projection collective. Elle ne doit plus \u00eatre un carnaval sans lendemain. Elle doit devenir un acte de refondation urbaine. Un levier \u00e9conomique. Un laboratoire social. Une force d\u2019entra\u00eenement pour toute la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Danser, oui. C\u00e9l\u00e9brer notre culture, bien s\u00fbr. Mais pas au prix du d\u00e9clin. Pas en sacrifiant l\u2019avenir sur l\u2019autel du folklore. La vraie Mamaya ne doit plus masquer une ville \u00e0 bout de souffle. Elle doit l\u2019aider \u00e0 respirer, \u00e0 se relever, \u00e0 se r\u00e9inventer. Kankan n\u2019a pas besoin de plus de musique. Kankan a besoin de v\u00e9rit\u00e9, de vision, de courage, de nous tous. Cette vision commence ici. Maintenant. Ensemble.<\/p>\n<figure id=\"attachment_91805\" aria-describedby=\"caption-attachment-91805\" style=\"width: 312px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-91805\"src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.guinee7.com\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Ousmane-boh-kaba.jpeg?w=640&amp;ssl=1\" alt=\"\" width=\"312\" height=\"208\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.guinee7.com\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Ousmane-boh-kaba.jpeg?w=640&amp;ssl=1 640w, https:\/\/i0.wp.com\/www.guinee7.com\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Ousmane-boh-kaba.jpeg?resize=300%2C200&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.guinee7.com\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Ousmane-boh-kaba.jpeg?resize=631%2C420&amp;ssl=1 631w\" sizes=\"auto, (max-width: 312px) 100vw, 312px\"><figcaption id=\"caption-attachment-91805\" class=\"wp-caption-text\"><strong>Par Ousmane Boh KABA<\/strong><\/figcaption><\/figure>\n<p>Nos anciens savaient ce que nous avons oubli\u00e9 :<\/p>\n<p>\u00ab <strong>Tol\u00f4n t\u00e8 s\u00e8b\u00e8 s\u00e2<\/strong>\u2026 \u00bb \u2013 L\u2019amusement n\u2019emp\u00eache pas le s\u00e9rieux.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas un appel \u00e0 arr\u00eater la Mamaya. C\u2019est un appel \u00e0 lui redonner du sens. Faisons de cette sagesse notre \u00ab\u00a0<strong>kouma kan<\/strong>\u00ab\u00a0. Pour que la f\u00eate ne soit plus une fuite, mais un ferment. Pour que la Mamaya n\u2019habille pas une ville mourante, mais l\u2019\u00e9l\u00e8ve.<\/p>\n<p>Kankan peut rena\u00eetre.<\/p>\n<p>Cette renaissance commence par une v\u00e9rit\u00e9 simple : <strong>la joie est plus belle quand elle construit<\/strong>.<\/p>\n<p><em>PS\u00a0: Le titre de l\u2019auteur a \u00e9t\u00e9 chang\u00e9 par guinee7.com<\/em><\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est dur \u00e0 entendre, mais il faut oser le dire. La Mamaya de Kankan, telle qu\u2019on la c\u00e9l\u00e8bre aujourd\u2019hui, ressemble de plus en plus \u00e0 une mascarade : un grand th\u00e9\u00e2tre en plein air o\u00f9 l\u2019on vient danser au milieu des ruines, comme pour fuir une r\u00e9alit\u00e9 qui d\u00e9range. 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